Chapitre 3 Personne PDF
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Ce texte explore la notion de personne, commençant par une investigation de la conscience de soi et de ses fondements philosophiques, notamment à travers les idées de Descartes. Il examine la distinction entre l'esprit et le corps (dualisme), la question de l'identité et la conscience. Le texte pose également des questions sur la nature de l'être humain.
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Chapitre 3 : la notion de personne Qu’est-ce qu’une personne ? A première vue, ce serait plus qu’être un individu biologique : cela implique des qualités spécifiques comme la conscience, la capacité de se penser soi-même et d’interagir avec autrui. Cependant, cette définition soulève plusieurs quest...
Chapitre 3 : la notion de personne Qu’est-ce qu’une personne ? A première vue, ce serait plus qu’être un individu biologique : cela implique des qualités spécifiques comme la conscience, la capacité de se penser soi-même et d’interagir avec autrui. Cependant, cette définition soulève plusieurs questions : qu’est-ce qui distingue une personne d’un simple organisme vivant ? Quels critères permettent de dire qu’un être est une personne et qu’il le reste dans le temps ? Une personne est-elle définie par sa mémoire, sa conscience ou une essence immuable ? Par ailleurs, à partir de quels critères une entité peut-elle être reconnue comme une personne et, par conséquent, bénéficier de droits ou assumer des responsabilités ? En somme, Qu’est-ce que le Moi ? Peut-on saisir ce qu'est le Moi ? I – La conscience de soi semble être le fondement d'une connaissance de soi Première partie À première vue, je suis la personne la mieux placée pour me connaître. C'est ce qu'on appelle : l'autorité de la première personne. La conscience de soi permet un accès direct à son propre esprit, alors que nous n'avons accès à l'esprit des autres que par l'intermédiaire de leur comportement et de leurs paroles. ⇒ La conscience de soi semble permettre une connaissance plus fiable que l'interprétation des actes d'autrui. « [L]a notion que nous avons de notre âme ou de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et […] elle est plus certaine » — Descartes, Principes de philosophie, 8 Descartes soutient que la conscience de soi est la forme de connaissance la plus certaine. Comment parvient-il à cette idée ? La réflexion de Descartes ne porte pas directement sur le moi, mais plutôt sur la connaissance en général. Question principale : Y a-t-il des certitudes absolues ? Une méthode : Tester nos croyances en les soumettant à un doute radical : s'il y a la moindre raison de douter, alors il faut douter. Les étapes du doute radical : 1. Les connaissances qui proviennent des autres. 2. Les connaissances qui proviennent de nos sens et la croyance en l'existence du monde extérieur. ○ L'argument des illusions des sens. ○ L'argument du rêve. ○ Reformulation moderne : l'argument du cerveau dans la cuve, l'argument de la simulation. 3. Les connaissances qui proviennent de notre raison : les vérités mathématiques. ○ L'argument du malin génie : un doute sur la fiabilité de notre raison. ○ Reformulation moderne : l'inconcevable ≠ l'impossible. ○ Des exemples dans l'histoire des mathématiques : les nombres imaginaires, les géométries non-euclidiennes, les nombres infinis à gauche. Rien ne semble résister au doute radical. Mais : puis-je douter de ma propre existence et du fait que je suis en train de penser ? Descartes montre que l'affirmation : « je pense, j'existe » est une certitude absolue. C'est ce qu'on appelle le cogito. Explications possibles du cogito : 1. Une asymétrie entre le cogito et les autres affirmations. ○ Si je pense que je marche, il est possible qu'en fait je rêve que je marche et donc que je ne marche pas véritablement. ○ Mais si je pense que je pense : le fait de rêver que je pense ne peut pas me conduire à l'idée que je ne pense pas véritablement. Le fait même de rêver prouve que je suis en train de penser. ○ Même si un malin génie essaie de me faire croire que je pense, croire que je pense prouve que je pense. ○ Le cogito est le seul cas où l'acte de penser (je pense que…) prouve le contenu de ma pensée (je pense que je pense). 2. Une contradiction interne. ○ Douter que je pense, c'est penser que peut-être je ne pense pas, mais ce serait contradictoire : il n'y a donc pas de sens à douter qu'on pense. Non seulement j'ai conscience de ma propre existence avec certitude, mais je peux aussi saisir mon essence (= ce qui me définit fondamentalement / ce sans quoi je ne peux pas être). À première vue, mon corps fait partie de ce que je suis. Mais la connaissance du corps provient des sens. Or ce type de connaissance ne résiste pas au doute radical. Par conséquent : je peux me représenter que j'existe mais que je n'ai pas de corps. Le corps ne fait donc pas partie de mon essence. En revanche : je ne peux pas penser que j'existe et que je ne pense pas. Donc : penser fait partie de mon essence. La conscience de soi me donne donc accès à la certitude de mon existence et me fait comprendre ce qu'est le moi : je suis une chose qui pense (res cogitans). On a ici une forme de dualisme qui distingue le corps et l'esprit, et privilégie l'esprit. « J'avais dès longtemps remarqué […] [qu']il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait être fort incertaines […], mais, parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il ne resterait point, après cela, quelque chose […] qui fût entièrement indubitable. […] Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée [ ] je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. […] [J]e connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle. » — Descartes, Discours de la méthode, IV Quelques limites 1. Je peux concevoir mon existence sans corps, mais est-ce véritablement possible ? Ce que je suis ne dépend-il pas essentiellement du corps ? (matérialisme vs. dualisme) 2. Le cogito cartésien ne représente qu'une connaissance restreinte de soi, limitée à l'appréhension de son existence et de son essence en général : il ne permet pas une saisie profonde du Moi. II – Le Moi reste insaisissable « Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d'existence ; et que nous sommes certains, plus que l'évidence d'une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. (...) Pour ma part, quand je pénètre au plus intime de ce que j’appelle moi, je tombe toujours sur telle ou telle perception particulière, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. À aucun moment je ne puis me saisir moi sans saisir une perception, ni ne puis observer autre chose que la dite perception. » — Hume, Traité de la nature humaine, I, IV, VI Hume montre que le Moi est insaisissable. Avoir conscience de soi, ce n'est pas saisir une chose qui serait moi. La conscience de soi est toujours la conscience d'une perception particulière. Le terme de perception a ici un sens large : il inclut les perceptions au sens strict (ce qu'on observe avec nos sens), mais aussi les sensations, les émotions, les souvenirs, les idées… Exemples : Si je pense à moi, je peux ainsi : Regarder mon corps, prendre conscience que j'ai chaud ou froid, que je suis en colère ; Me souvenir de mon enfance ; Penser à mes projets… Hume montre que le Moi n'est pas une substance. Définition : Au sens étymologique, une substance désigne "ce qui se tient dessous". Une substance est une réalité fondamentale qui reste permanente derrière les changements en surface. « [J’]ose affirmer du reste des hommes qu’ils ne sont rien d’autre qu’un faisceau ou une collection de différentes perceptions qui se succèdent les unes les autres avec une inconcevable rapidité et qui sont dans un perpétuel flux et mouvement. » — Hume, Traité de la nature humaine, I, IV, VI Le Moi est simplement une multiplicité de perceptions, en flux perpétuel. Le Moi comme chose réelle indépendante n'est qu'une fiction. Un parallèle intéressant à faire Dans le bouddhisme : La pratique de la méditation n'est pas une manière de revenir à son moi intérieur. C'est au contraire une expérience de l'impermanence de toutes choses (du flux perpétuel de l'existence). Cette pratique doit nous aider à nous délivrer de l'attachement au Moi. Si le Moi, tel que le conçoit Descartes, n'est pas cette substance stable et si, comme le montre Hume, il n'est qu'un flux de perceptions, alors sur quoi peut reposer notre identité personnelle ? Comment expliquer cette expérience familière et pourtant énigmatique : celle d'être le même « moi » tout au long de notre vie, malgré les changements du corps et de l'esprit, malgré les oublis et les transformations ? Peut-on fonder l’identité sur la mémoire ? L'identité personnelle repose-t-elle sur la mémoire ? I – La conception mémorielle de l'identité « [L]’identité personnelle […] s’étend aussi loin que peut remonter la conscience dans ses pensées et ses actes passés […]. [P]uisque c’est la même conscience qui fait qu’un homme est lui-même à ses propres yeux, l’identité personnelle dépend de cette conscience seule, qu’elle soit rattachée à une seule substance individuelle, ou qu’elle se préserve à travers la succession de substances diverses. Car, dans la mesure où un être intelligent peut reproduire l’idée de n’importe quelle action passée avec la même conscience qu’il en avait à l’époque et y ajouter la même conscience qu’il a de n’importe quelle action présente, dans cette mesure il est le même soi personnel. […] [Et] s’il était possible que la même personne ait à différents moments des consciences distinctes et incommunicables, le même homme constituerait sans doute différentes personnes à différents moments. […] » — John Locke, Essai sur l'entendement humain, II, 27 Locke affirme que l'identité personnelle ne repose pas sur la permanence d'une substance (physique, matérielle : le corps ou psychique : l'âme). Ce qui fait que je suis la même personne, ce n'est pas qu'il y a quelque chose en moi qui reste identique. Locke imagine deux scénarios fictifs : 1. Le prince et le savetier Le transfert de la conscience d'un individu (le prince) dans le corps d'un autre (le savetier). → La personne qui se réveille, c'est le prince. 2. L'homme du jour et l'homme de la nuit Deux consciences dans un même corps, qui ne communiquent pas entre elles. → Même si c'est le même corps, il y a deux personnes (autre cas : l'amnésie totale). ⇒ Ce n'est pas la permanence du corps qui fait l'identité, mais la conscience. Un problème : l'objection du brave officier, de Thomas Reid. Cas similaire : la photo de soi à 2 ans (aucun souvenir de cette période). Une solution : la continuité psychique (l'existence d'une chaîne de relations) plutôt que l'existence d'une connexion mémorielle directe. II – Les limites de la conception mémorielle A. La conscience de soi ne se réduit pas à la mémoire Trois formes de conscience de soi (une distinction de Damasio) : 1. La conscience de son corps (le proto-soi) ; 2. La conscience d'être la source de ses pensées et de ses actes (le soi central) ; 3. La conscience de sa vie passée, de son identité présente, de ses désirs pour le futur (le soi autobiographique). Le soi autobiographique lui-même ne semble pas seulement reposer sur la mémoire. Il intègre d'autres formes de connexions psychiques : notamment tout ce qui relève de notre caractère, de nos manières de réagir, de nos projets, de nos valeurs. B. La mémoire ne produit-elle pas une illusion sur soi ? La mémoire peut produire des faux-souvenirs. Par conséquent, suis-je vraiment la personne que je crois être ? La mémoire est sélective : – elle est partielle (je ne retiens pas tout) ; – elle est partiale (je ne retiens que ce qui m'arrange). La mémoire semble participer à la construction d'une image de soi, différente d'une représentation fidèle de la réalité. Exemple : construction d'une image de soi sur les réseaux sociaux (Instagram). Plus précisément, la notion d'identité est en partie narrative : elle repose sur un récit que l'on fait à propos de soi, et ce récit n'est pas une garantie de vérité. Notre identité réelle ne correspond pas toujours à la conscience que nous en avons. Ce que nous sommes véritablement nous échappe en partie. Avec Locke, nous avons vu que la mémoire joue un rôle central dans l'identité personnelle. Cependant, cette conception soulève une difficulté majeure : si je suis défini par mes souvenirs, alors mon identité semble entièrement déterminée par un passé que je ne peux pas choisir. Suis-je donc prisonnier de mes souvenirs ? Cela signifie-t-il que je ne peux jamais être autre chose que ce que ma mémoire m’impose ? Puis-je choisir qui je suis ? Méthodologie de l'explication de texte Texte : « [I]l y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et [...] cet être c'est l'homme [...]. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. [...] L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci : l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est [...] celui qu'il choisit d'être [...] ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux ; mais nous prétendons qu'ils se masquent leur angoisse, qu'ils la fuient [...]. [O]n n'échappe à cette pensée inquiétante que par une sorte de mauvaise foi. [...] La doctrine que je vous présente [...] déclare : il n'y a de réalité que dans l'action ; elle va plus loin d'ailleurs, puisqu'elle ajoute : l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. [...] [I]l n'y a pas d'amour autre que celui qui se construit [...] ; il n'y a pas de génie autre que celui qui s'exprime dans des œuvres d'art : le génie de Proust c'est la totalité des œuvres de Proust. [...] Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien. [...] Ce que nous voulons dire, c'est qu'un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises, qu'il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises. [...] Mais la subjectivité que nous atteignons là [...] n'est pas une subjectivité rigoureusement individuelle [...]. Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre. L'autre est indispensable à mon existence, aussi bien d'ailleurs qu'à la connaissance que j'ai de moi. [...] Ainsi découvrons-nous tout de suite un monde que nous appellerons l'intersubjectivité, et c'est dans ce monde que l'homme décide ce qu'il est et ce que sont les autres. » — Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme L'explication d'un texte doit se faire à partir du texte lui-même. Il n'est pas nécessaire de connaître l'auteur, mais des connaissances sont nécessaires pour éclairer le sens du texte. Deux difficultés : éviter le contresens et surtout dépasser la paraphrase. Pour cela, il faut faire une lecture active et méthodique du texte. Pour expliquer un texte, il faut : Être un aigle : faire une lecture globale du texte ; être capable d'avoir une vision claire du sens général du texte. Être une petite souris : faire une lecture fine du texte ; être attentif aux détails et à tout ce qu'il y a d'intéressant dans le texte. I – Lecture globale A. Notions + Thème Les notions importantes se trouvent dans : Les noms communs principalement, les termes récurrents, les termes techniques. On repère les notions d'abord en parcourant rapidement le texte. On complète ensuite la liste en relisant attentivement le texte. On regroupe les termes qui vont ensemble et on essaie de trouver l'idée commune (qui n'est parfois pas nommée dans le texte). Notions importantes : existence de l'être humain essence de l'être humain (ce qu'il est), définition, concept se rencontrer, surgir dans le monde, s'engager, choisir, dessiner sa figure n'être rien angoisse, anxiété, pensée inquiétante responsabilité mauvaise foi action, projet, se réaliser, actes, sa vie, entreprises amour art subjectivité vérité, connaissance l'autre, les autres l'intersubjectivité On souligne dans la liste des notions, la ou les deux notions les plus importantes afin de dégager le thème du texte. Thème L'essence de l'être humain B. Question directrice + Thèse Question directrice : Qu'est-ce qui constitue l'essence d'un être humain ? La question n'est pas de savoir ce qui fait l'essence d'un être humain en général, mais de déterminer ce qui définit un être humain en particulier, c'est-à-dire son identité personnelle. Plus précisément, la question est la suivante : qu'est-ce qui définit ce que je suis ? Thèse : Ce que je suis n'est pas défini à l'avance, c'est, à travers mon existence, par mes choix, par mes actes que je me définis. C. Plan du texte On dégage 2 à 4 parties dans le texte. On peut s'aider de certains indicateurs : Les paragraphes, la ponctuation. Les connecteurs logiques, les mots de liaison, le vocabulaire argumentatif. La répartition des notions importantes dans le texte. C'est avant tout le sens qui doit guider le repérage des parties (1 partie = 1 même idée). On utilise des accolades dans la marge et on marque dans le texte la séparation entre les parties. On formule à la fois : ce que fait l'auteur (but : dégager des étapes logiques dans son raisonnement). ce que dit l'auteur dans chaque partie : on fait une phrase complète (sujet/verbe/complément). On vérifie : OL : L'organisation logique du plan. LS : Le lien avec le sujet (le texte). Plan : I – Sartre formule sa thèse et définit ce qui fait l'essence d'un être humain : mon essence (ce que je suis) n'est pas définie à l'avance : je suis ce que je fais de moi. II – Sartre dégage une conséquence du fait d'avoir à choisir ce que je suis : la responsabilité d'avoir à définir ce que je suis est source d'angoisse. III – Sartre précise que les choix qui définissent mon identité sont ceux que je réalise véritablement : c'est avant tout par mes actes que je me définis. IV – Sartre précise que les choix qui me définissent ne sont pas simplement des choix individuels : c'est aussi à travers les autres que je me définis, et à travers moi que les autres se définissent. II – Lecture fine A. Sous-parties On dégage 2 à 4 sous-parties dans chaque partie. Pour chaque sous-partie, on repère les éléments importants du texte qu'on devra expliquer en détail (= les endroits où il y a de quoi manger et où la petite souris va s'arrêter pour gratter). On suit au maximum l'ordre du texte, mais on peut s'autoriser (pour les sous-parties seulement) à faire des regroupements. « [I]l y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et [...] cet être c'est l'homme [...]. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. » — Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme Partie I : Pour l'être humain, "l'existence précède l'essence". Cela veut dire que : l'être humain "se définit après" et qu'il "n'est d'abord rien" et qu'"il sera tel qu'il se sera fait". Au brouillon, on se pose des questions en mobilisant les 3 démarches essentielles : Analyser : « Qu'est-ce que cela veut dire ? » Argumenter : « Qu'est-ce qui permet de dire cela ? » Problématiser : « Est-ce si simple ? » La compréhension précise du texte repose aussi sur des connaissances : Exemples concrets. Références théoriques (thèses et arguments d'autres auteurs pour comparer, vocabulaire philosophique précis pour mieux définir). 1) La distinction essence / existence Définition L'essence : du latin esse (verbe être). Désigne l'être d'une chose, ce qu'est cette chose, ce qui la définit. On distingue ainsi : l'essence (les propriétés fondamentales sans lesquelles la chose ne peut pas être ce qu'elle est) et les "accidents" (les propriétés secondaires, non-essentielles, sans lesquelles la chose peut malgré tout être ce qu’elle est). Ici : on s'intéresse à l'essence d'un être humain en particulier, c'est-à-dire à la question suivante : « Qu'est-ce qui me définit ? » Certains aspects de nous-mêmes semblent secondaires, non-essentiels (p.ex. : avoir de la barbe aujourd'hui…), mais y a-t-il des propriétés fondamentales qui caractérisent notre identité ? « Le caractère de l'homme est invariable : il reste le même pendant toute la durée de sa vie. Sous l'enveloppe changeante des années, des circonstances où il se trouve, même de ses connaissances et de ses opinions, demeure, comme l'écrevisse sous son écaille, l'homme identique et individuel, absolument immuable et toujours le même. [...] L'homme même ne change jamais : comme il a agi dans un cas, il agira encore, si les mêmes circonstances se présentent [...]. » — Schopenhauer, Essai sur le libre arbitre Schopenhauer défend une conception essentialiste et fixiste de l'identité (« On ne change pas… ») : nous sommes définis par notre caractère. ⇒ Une forme de fatalité : nous ne pouvons pas choisir qui nous sommes, nous héritons d'un caractère. De manière plus générale, nous avons parfois tendance à essentialiser les autres. Qu'est-ce que cela veut dire ? Définition L'essentialisation est le processus consistant à réduire une personne ou un groupe à une identité présupposée, fondée sur des stéréotypes ou des préjugés. Sartre s'oppose à l'essentialisme et à toute essentialisation et défend au contraire une conception existentialiste de l'identité. « L'existence précède l'essence » Dans le cas des objets techniques, c'est l'inverse : ⇒ “La conception précède la confection” Dans le cas des êtres humains, l'existence précède l'essence. = Nous ne sommes pas produits d'après un modèle qui était préalablement conçu. ⇒ Pas de fatalité, mais au contraire une liberté fondamentale dans la définition de notre identité. Sartre s'oppose non seulement à l'essentialisme, mais aussi au déterminisme. Je ne suis pas défini par des facteurs extérieurs. Chaque être humain se définit, librement, à travers son existence.